La nourriture à cœur

Rencontre avec Camille Pelloux, de la table aux étoiles

« Je suis, pourrait-on dire, une passeuse de messages » écrit Camille Pelloux, naturopathe. On l’a rencontrée pour lui demander de nous passer les plats de sa confection… ou quand manger conduit bien au-delà de l’assiette.

« Comment définir la nourriture ? Ce n’est pas évident ! (rires) Il y a la nourriture physique, les aliments, puis la manière dont on les prépare, et toutes les autres nourritures. Je dirais (elle réfléchit) tout ce qui va permettre au corps de recevoir ce dont il a besoin. Oui, c’est pas mal ! » Et Camille Pelloux de partir dans un nouvel éclat de rire cristallin. Quand elle parle de nourriture à la sortie d’un cours donné en Suisse, la naturopathe d’une trentaine d’années vibre d’intonations pleines de vie, de celles qui éclairent la foi des heureux ayant trouvé leur voie. Dans le cas de Camille Pelloux, le simple fait de manger lui a permis de s’y engager il y a plus de dix ans. Aujourd’hui, la voie emmène par-delà même les océans.

Camille Pelloux cueille des fleurs.

© Eva Bigeard

Naître dans la terre

Ce n’est pourtant pas la joie qu’on retrouve au départ du cheminement de Camille. Ou alors, son absence : « je suis tombée malade à 19 ans, à un moment où on devrait être pleine de vie, se souvient la jeune femme. La médecine moderne ne trouvait pas vraiment ce dont je souffrais. J’ai fait mes propres explorations, découvert la naturopathie, cet art de vivre plus écologique dans l’ensemble, à l’écoute des rythmes, de l’écologie intérieure ». Commence alors un long chemin, fait de questions, d’erreurs, de réponses, de nouvelles recherches. Un chemin de tables, souvent.

Car « l’alimentation est le premier outil en naturopathie » rappelle Camille qui, à ce dernier terme, préfère celui de médecine traditionnelle. « Sur le plan physiologique, le système digestif est le système premier du corps, car il est relié au système nerveux et tout ce qui y passe va être intégré. Et d’un point de vue plus intellectuel, c’est une bonne porte d’entrée. La nourriture est centrale dans nos vies, notamment en France. Quand on commence à changer ce qu’on met dans notre panier, ça nous fait nous poser des questions sur nos modes de consommation. Par un effet domino, on va alors pouvoir changer notre mode de vie de manière globale, en commençant par le contenu de l’assiette ». Pour Camille, ça aura donc été un dos tourné à des études économiques pour se diriger vers la découverte et l’enseignement de la médecine traditionnelle européenne. Un revirement qui apparaît avec le recul comme une évidence pour la petite-fille d’agriculteurs savoyards, et fille d’un couple de cristalliers : « je suis née dans la terre ! dit-elle encore en rigolant. Mais ça, je ne l’ai compris que plus tard. »

Camille Pelloux prépare un plat.

© Eva Bigeard

Écouter la terre

Alors Camille se replonge dans cette terre-mère. En tant que cheffe végétale, elle cherche à valoriser le pouvoir des plantes sauvages comestibles. Avec une double volonté : un, se rapprocher du « bio-disponible » ; deux, pousser à « prendre le temps de cuisiner ». Une nécessité géographique et historique : « dans mon parcours, j’ai entendu tout et son contraire. J’en ai conclu qu’il n’y a pas de remède miracle, mais plutôt des approches adaptées aux contextes. Aujourd’hui dans nos sociétés occidentales modernes, tout va très vite. Il y a une forme d’éthérisation, les gens ne sont plus ancrés dans leurs corps. Donc là, il y a un besoin de se reconnecter à l’animalité, à l’instinct, à la corporalité, quelque chose de charnel. D’autres sociétés ont moins besoin de ça ; nous, on manque de cette énergie, ce qui est source de déséquilibres ».

Pour retrouver cette connexion perdue, l’alimentation saisonnière est une nécessité majeure. Au-delà de l’argument écologique, elle fait appel « au bon sens physiologique ». Et le calendrier de se dérouler : « en automne, on a besoin de nourrir la « loge de la terre ». Ce sont tous les potimarrons, courges, châtaignes, noisettes, noix… Au printemps, on a besoin de détoxifier l’organisme, de relancer le système digestif. Ce sont les jeunes pousses, ce qui est acidulé, les artichauts ou les asperges pour détoxifier le foie. En été, les fruits et légumes anti-oxydants vont encore lutter contre le stress oxydatif dû au soleil et à la chaleur » Une nouvelle preuve que, si on sait l’écouter, la nature peut nous offrir tout ce dont nous avons besoin – pour le corps comme pour l’esprit.

Un panier rempli de feuilles naturelles.

© Eva Bigeard

Poétiser la terre

Ainsi, passée la « phase d’intellectualisation », Camille recommande une écoute plus discrète, continue, pour « faire passer la sagesse de la tête au corps ». Résultat : les pensées sont libérées. Mieux ! Elles peuvent s’envoler. Planer vers le poétique, qui n’est pas le contraire du tellurique. Caresser une autre forme d’éther, les pieds bien ancrés dans la terre. Voilà où en est Camille, à l’aube de la publication d’un nouveau livre, La Guérisseuse.

Désormais, la naturopathe aspire à diriger sa vie vers le Mexique. Elle y a trouvé des savoirs ancestraux toujours bien vivants, et cette sensation de pouvoir y évoluer naturellement. Pour ensuite revenir et transmettre la somme des connaissances accumulées sur place. « Mais quand tu rentres, l’équilibre n’est jamais évident. Les gens demandent beaucoup et mettre en place une vie proche de ses besoins requiert plus d’efforts. Alors qu’avec davantage de confiance dans la vie, dans la résolution naturelle des choses, tout devient plus fluide ! »

À lire : Nature guérisseuse pour mon ventre, éditions Marabout