Des vêtements, Gainsbourg et moi

Comment j'ai réalisé l'impact de mes vêtements sur la planète

Je ne m’achète pas beaucoup de vêtements et, quand c’est le cas, je fais attention à la manière dont ils ont été produits. Cela fait quelques années déjà, depuis l’effondrement d’une usine de vêtement au Bangladesh exactement. Je ne veux pas que le tee-shirt, le pull, la veste, ou le pantalon que je porte soit taché du sang invisible des personnes exploitées. Bref, je n’achète pas beaucoup de vêtements. Vraiment, pas beaucoup de vêtements ? Enfin c’est ce que je pensais…

Comme beaucoup, j’entretiens une relation affective avec mes habits.
Il y a le pull ou la chemise fétiche que je mets pour un rendez-vous important. La robe pour les jours de beau temps et de moral au beau fixe, le jean pour les jours un peu plus cool ; et puis il y a les autres vêtements, tous les autres, trop nombreux, inutiles, rarement portés. Ce n’est que très récemment que j’ai pris conscience que ma garde-robe n’était pas très écologique.
Pour être précise, c’est en avril 2020, lors du premier confinement, que je me suis rendu compte qu’en fait j’achetais beaucoup trop de vêtements. Bien sûr, j’habite sur la même planète que vous, j’ai entendu parler de la fast et la slow fashion, des impacts de la sur-production sur la planète. Mais je me disais que cela ne me regarde pas vraiment.

Et me voilà, comptant mes tee-shirts : trop ! Mes pantalons, jupes, robes, vestes : trop ! trop ! trop ! Alors j’ai trouvé une méthode pour réguler ma consommation de vêtements. Comme Marie Kondo, j’ai fait un tri « affectif ». J’ai sorti de ma garde-robe les vestes, pantalons and co que je peux donner. J’ai fait un autre tas – incroyablement gros, des vêtements que je pense jeter pour recyclage. Avant bien sûr, je les ai remerciés des bons moments (ou pas) passés sur mon dos. Je n’ai pas osé peser le tout, cela devait bien faire dans les 20-25 kilos.

Ces deux gros tas sont encore dans mon couloir. Je me dis qu’il faudrait que je fasse à nouveau un tri. Je sais que la nature n’aime pas le vide et le risque est pour moi de remplir à nouveau mon armoire. Bref, j’ai dû me poser et réfléchir : il faut que je me trouve un mantra afin de ne plus acheter trop de vêtements. En parallèle, je me suis documentée : nous achetons en moyenne 20 kilos de vêtements par an (source : WWF Suisse). VINGT KILOS ! J’ai appris que l’équivalent d’une benne de vêtements est jetée chaque seconde dans le monde. (source : Oxfam France ). CHAQUE SECONDE !

 

Des piles de vêtements sont entassées dans un entrepôt.

© François Nguyen

Pour produire ces tonnes de vêtements, il faut de la fibre alors je m’intéresse au coton car je n’aime pas les matières synthétiques. Et je découvre que pour produire 1kg de coton il faut 10 000 litres d’eau, ce qui fait que pour un tee-shirt en coton de 250g, 2500 litres d’eau sont nécessaires, soit l’équivalent de la consommation d’un français en eau potable pendant 17 jours. 2500 LITRES D’EAU POUR UN TEE-SHIRT (source youmatter).

Je suis abasourdie. Les chiffres qui étaient pour moi abstraits deviennent concrets : je suis un danger pour la planète. Alors que faire ? La solution, je l’ai trouvée par hasard en lisant un article sur Serge Gainsbourg. Oui, j’ai lu quelque part qu’il avait une garde-robe très restreinte : 3-4 jeans, même modèle, quelques chemises, tee-shirts, des dessous, 2-3 vestes et une vingtaine de chaussures Repetto. Bref tout cela devait tenir dans une petite valise. Trouver mon style, voilà le truc !

On parle d’agriculture raisonnée, moi c’est décidé je vais avoir une garde-robe raisonnée et surtout raisonnable. En chemin, j’ai trouvé une citation d’Yves Saint Laurent qui est devenu mon mantra : « Les modes passent, le style est éternel. La mode est futile, le style pas ». Côté entretien, je lave mes vêtements à 30°C. Je répare avec du fil doré ou de couleur les trous dans mes pulls. Enfin, je dois avouer : j’achète encore des vêtements mais d’occasion en ressourcerie comme celle de La Grande Ourcq. Mon dernier achat : une veste de judo que j’ai upcyclé en la teignant en  noir-bleue. Elle m’a coûté 9,95 euros (5 euros pour la veste et 4,95 euros pour la teinture).

Voilà je ne suis plus à la mode mais j’ai mon style, un style de plus en plus respectueux de la planète. Merci Marie. Merci Gainsbourg.