Bonnes résolutions : ça commence par moi !

Rencontre avec l’activiste Julien Vidal
© Catherine Delahaye

Julien Vidal, continuer ensemble

Un jour, Julien Vidal a décidé qu’il ne pouvait plus attendre le changement vers un monde plus durable. Alors il a décidé de l’initier, en commençant par ce qu’il maîtrisait le mieux : lui-même. Depuis, son existence s’est effectivement transformée. Et ce n’est pas la seule.

Un autocollant Stop Pub peut-il changer une vie ? Pour Julien Vidal, la réponse est oui. 1er septembre 2016, le trentenaire colle le petit sticker sur sa boîte aux lettres. Le début d’une aventure d’une année… qui ne s’arrêtera jamais. Car ce 1er septembre, Julien Vidal lance aussi son projet Ça commence par moi : chaque jour pendant un an, il va expérimenter une action à impact écologique positif. Et surtout partager son expérience, pour diffuser les bonnes idées au plus grand nombre. Parce que si l’histoire commence par lui, elle continue tous ensemble.

Se libérer pour mieux exister

Après quatre ans, 160 kilos de papier économisés et une exposition aux publicités réduite, que reste-t-il de la démarche ? D’abord une empreinte carbone personnelle abaissée à 2 tonnes d’équivalent CO2 par an, soit l’objectif français en 2050 – la moyenne actuelle tourne autour de 11 tonnes. Et puis « une vision beaucoup plus cyclique que linéaire de nos évolutions personnelles » souligne celui qui est devenu papa fin 2020. « Chaque année est une occasion de recommencer, de peaufiner, d’adapter. Nos quotidiens, familles, métiers, déplacements changent. Il y a sans cesse nécessité de garder notre esprit critique en éveil. Moi, des choses que je trouvais évidentes il y a quelques années, je les requestionne aujourd’hui. » Mais ce qui ne bouge pas, c’est la quête du bonheur comme objectif de vie.

Et son corollaire – l’enthousiasme ! Un mot qui revient souvent dans la bouche de Julien Vidal. Mieux, une manière joyeuse d’être au monde. « L’écologie n’est pas une alternative restrictive, culpabilisante ou angoissante, mais libératrice et enthousiasmante. On s’est trop longtemps contentés d’une écologie extérieure, d’opposition. La question intérieure est tout aussi importante, pour développer l’acceptation de nos défauts et la nécessité d’être en véritable relation avec l’autre. » Et le « proactiviste » de résumer sa pensée par une punchline en forme de slogan politique : « C’est tellement plus libérateur de courir après le sens qu’après les soldes ! »

De vous à moi à nous

Sa conscience écologique, Julien Vidal l’a forgée au contact du monde. À 25 ans, il part en Volontariat de Solidarité Internationale, d’abord en Colombie, puis aux Philippines. Sept années qui lui font réaliser « qu’au-delà du monde humain, le système terre est détraqué ». De retour en France, il ne veut pas attendre pour agir. « Mais plutôt que de m’adresser aux conséquences de ce dérèglement, je décide de me consacrer à sa cause, qui est notre manière de penser que le vivant est à notre disposition et qu’on peut mettre un prix sur tout ». Librement inspiré par Colin Beaven et son No Impact Man, le concept Ça commence par moi émerge. Peu à peu, des milliers de personnes se mettent à suivre Julien sur son chemin libérateur. Un signal que le message passe. Lequel ? Celui qu’il faut « décider soi-même quelle sens peut prendre une existence en harmonie avec le vivant » propose le changemaker. Comme une évidence.

Aujourd’hui, Julien Vidal a transformé son essai en trois livres inspirants. Ça commence par moi – soyons le changement que nous voulons voir dans le monde (Seuil, 2018), Ça va changer avec vous – il est temps d’être écolos et fiers de l’être (First, 2019) et Redonner du pouvoir à son argent – je passe à l’acte (Actes Sud, 2020). Et à travers 2030 Glorieuses, le podcast des utopies réalistes, il œuvre à faire connaître les métiers utiles de demain. Artisan upcycler, professeure en méditation, maître composteur ou agricultrice urbaine : la ligne est de donner à voir « comment, si on se donne le droit de rêver, de se retrousser les manches, à quoi ressemblerait 2030 dans une perspective de dynamique positive ». Une manière, encore, de transmettre des messages.

Faire germer des forêts

Car l’urgence est là. « On est la forêt qui pousse, mais la forêt silencieuse a besoin de faire du bruit pour devenir la norme. Il y a une nécessité stratégique de devenir ambassadeur, car le changement sociétal se fait toujours de manière exponentielle ». Signe du déploiement de la cause écologique, un signal fort pour le messager : « depuis 2016, j’ai l’impression que la charge de la preuve s’est renversée. On n’a plus à répondre au pourquoi – pourquoi il faut le faire, pourquoi maintenant ? La perception de la nécessité de changer nos modes de vie a complètement évolué ».

Mais au fait, comment faire pour influencer sans contrarier ? « L’idée, c’est « je n’ai jamais autant changé les gens depuis que j’ai arrêté d’essayer de les changer ». Plutôt que d’essayer de convaincre, avec cette notion de vaincre, je propose d’essayer ensemble. Plutôt que d’imposer « on va manger vegan », on peut dire « je connais les meilleurs falafels au monde » . Et c’est déclinable à l’infini. Tout le monde a déjà expérimenté des actes écolos, parfois sans le savoir. Le but, c’est de les visibiliser ».

Un jour, peut-être, Julien Vidal se mettra à la publicité. Mais ce ne sera pas pour vendre des objets ou pousser à la promotion. Non, son slogan sera tout autre. Il finira avec un point d’exclamation, évidemment. Et commencera par quatre mots en forme de mantra. Ce qui donnera quelque chose comme : « ça commence par moi d’honorer le miracle de la vie ! »